Gaming et handicap visuel : l'innovation contre l'isolement social
Génération console : ne laissons personne sur la touche
Exclus d’une culture geek devenue universelle, les non-voyants s'appuient sur l'innovation pour briser l’écran. Face à l'isolement social, le jeu vidéo change de paradigme : il ne se regarde plus, il se ressent.
Pour près de 1,7 million de personnes en France, la déficience visuelle dresse un mur invisible entre soi et les autres. Une distance qui finit par se muer en solitude. Selon l’étude nationale Homère (2022), le constat est sans appel : plus d’un tiers des personnes aveugles ou malvoyantes déclarent souffrir d’un sentiment d’isolement social. Pour les jeunes générations, cette solitude a pris un nouveau visage, plus moderne et plus insidieux : celui de la manette de jeu.
Le « 10e Art » comme nouvelle frontière de l’exclusion
Aujourd’hui, le jeu vidéo n’est plus une niche pour adolescents solitaires. C’est le 10e Art, mais aussi et surtout le nouveau « troisième lieu » de la jeune génération. Entre le foyer et l'école, c'est dans ces univers virtuels que se nouent désormais les amitiés et se forge la culture commune.
Le handicap ne réside pas tant dans la perte de la vue que dans l'absence de repères partagés : il se cristallise dans l’impossibilité de s’immerger dans le même imaginaire que ses pairs. En être exclu, c’est être condamné à l'errance sociale, à la lisière des conversations de ses semblables.
La révolution haptique : du regard au ressenti
C’est ici que la technologie cesse d'être un simple gadget pour devenir un organe de substitution. La ceinture haptique et son système innovant proposent un changement de perspective radical : et si le toucher était le sens majeur du futur ?
En neurosciences, on parle de plasticité cross-modale. Le cerveau humain est une machine d’adaptation prodigieuse : lorsqu’un sens s'éteint, les zones cérébrales concernées peuvent être « recrutées » pour traiter d’autres stimuli. En transformant les données visuelles d’un jeu en vibrations précises autour de la taille, la ceinture haptique permet aux joueurs non-voyants de « lire » la piste, de ressentir les virages et d’anticiper les obstacles. Cette technologie permet de réduire considérablement la charge mentale liée à l'effort de concentration.
Salim : l’exemple d’une barrière qui s'effondre
L’exemple de Salim illustre parfaitement ce changement d'ère. Ce joueur non-voyant a marqué la communauté gaming lors de la Gamers Assembly 2024, en s'imposant sur Trackmania, un jeu de course d'une rapidité vertigineuse. Sa performance n'est pas seulement un exploit technique ; c'est un manifeste.
Grâce à la ceinture haptique, le jeu vidéo n'est plus un mur, mais un pont. Il permet de passer de l'ombre à la lumière du salon familial, de la marge au centre de la compétition. Désormais, au moment de lancer une partie, la question ne sera plus de savoir si l'on voit, mais d'être prêt à ressentir. Le champ des possibles vient de s'élargir d'un cercle, rappelant que pour avancer, il suffit parfois de changer de fréquence.
Article rédigé par Ani, en charge du marketing et des affaires publiques chez SeeHaptic.
Diplômée de Sciences Po Bordeaux et de l'INALCO, elle est déficiente visuelle depuis l’âge de 13 ans, et partage ici son regard sur les situations du quotidien.
Sources et ressources complémentaires :
- Etude Homère
- Challenge de Salim jouant à Trackmania grâce à la ceinture SeeHaptic
- Article de l'INSERM sur la plasticité cérébrale