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Handicap visuel et éducation : de l’élève modèle au système en échec

Handicap visuel et éducation : de l’élève modèle au système en échec

La Journée mondiale de l’éducation, ce 24 janvier, a suscité chez moi un sentiment partagé. D’un côté, une reconnaissance sincère envers les enseignants qui ont jalonné mon parcours, dont certains sont devenus de grands amis. De l’autre, le rappel lucide des obstacles qu'il a fallu surmonter.

Déficiente visuelle depuis l’adolescence, mon parcours scolaire a été marqué par une logistique complexe. Avant même d’apprendre, il fallait organiser l’accès au savoir : travailler avec une AVS (AESH), dicter mes textes à des secrétaires, ou composer avec la lenteur inhérente au braille. Si se présenter à un concours comme l'ENS est une épreuve pour tout étudiant, cela implique pour un candidat déficient visuel des journées d'examens rallongées, jusqu'à 8 heures, où la concentration ne doit jamais faiblir, la relecture étant souvent impossible faute de temps.

Au-delà de ce vécu personnel, quel est l'état des lieux en 2026 ?


L’inclusion scolaire face aux chiffres

Si le cadre législatif existe depuis 2005, son application reste inégale. Le Rapport Homère (2024-2025), qui analyse le quotidien des personnes déficientes visuelles, objective les difficultés que j'ai pu rencontrer.

Les données sont claires : environ 30 % des candidats rapportent des dysfonctionnements lors des examens nationaux (sujets non adaptés, logiciels défaillants, temps majoré non respecté). Au quotidien, seul un étudiant sur quatre dispose de ses supports de cours adaptés dans les délais. Cette latence administrative contraint souvent l'élève à une gestion de l'urgence plutôt qu'à un apprentissage serein.

Une méthodologie à revoir : l'analyse de l'UNESCO

Pour cette édition 2026, l’ONU et l’UNESCO mettent l'accent sur une erreur structurelle : la conception des outils éducatifs se fait encore trop souvent sans les principaux intéressés.

Le constat est technique : moins de 10 % des plateformes éducatives nationales ont fait l'objet de tests utilisateurs incluant des élèves en situation de handicap avant leur déploiement. L'accessibilité est souvent traitée comme un correctif ultérieur plutôt que comme une norme initiale. Sur le plan du bâti scolaire, l'UNESCO note également que seule une école sur quatre est équipée d'une signalétique tactile permettant une circulation autonome.


Le numérique et la charge cognitive

La transition numérique de l'école a déplacé les barrières. Pour 40 % des élèves déficients visuels, l'usage des Environnements Numériques de Travail (ENT) reste problématique.

Au-delà de l'accessibilité technique (respect du RGAA), se pose la question de l'accès au contenu. Un voyant peut "lire en diagonale", survoler un texte pour en saisir la structure ou l'idée générale. Pour nous, la lecture via synthèse vocale ou braille est linéaire et séquentielle. Il est impossible d'embrasser un document d'un seul coup d'œil. Cette contrainte mécanique entraîne, selon la FIRAH, une charge cognitive supérieure d'environ 30 %, une fatigue qui s'ajoute à celle de l'apprentissage.


Innovation : vers un apprentissage augmenté

C'est pour répondre à ces défis que des solutions comme SeeHaptic sont en cours de perfectionnement. Notre ambition est double : sécuriser la mobilité de l'étudiant et réinventer son accès aux contenus.

D'une part, l'outil vise à pallier la non-conformité fréquente des espaces partagés. Il s'agit concrètement d'aider l'utilisateur à repérer les dangers invisibles, comme les portes vitrées d'une bibliothèque ou l'absence de bandes podotactiles en haut d'un escalier, renforçant ainsi son autonomie sur le campus.

D'autre part, sur le plan pédagogique, l'usage de l'haptique (la science du toucher) ouvre de nouvelles voies de participation. En traduisant l'information visuelle en ressentis physiques, l'outil permet d'explorer des cartes géographiques ou de s'immerger dans des jeux vidéo éducatifs interactifs. L'étudiant ne se contente plus d'écouter une description ; il devient acteur de son apprentissage et de ses déplacements.

Conclusion

Mon expérience d'élève, puis d'étudiante, témoigne que la réussite est possible, mais qu'elle exige aujourd'hui une débauche d'énergie pour compenser les failles du système. L'enjeu de 2026 n'est plus seulement d'ouvrir les portes de l'école, mais de s'assurer que les outils, numériques comme physiques, soient conçus dès le départ pour tous. Il est grand temps que les pouvoirs publics deviennent enfin des élèves modèles, mettant en œuvre leurs propres résolutions et entraînant avec eux le reste de la société.


Article rédigé par Ani, en charge du marketing et des affaires publiques chez SeeHaptic.
Diplômée de Sciences Po Bordeaux et de l'INALCO, elle est déficiente visuelle depuis l’âge de 13 ans, et partage ici son regard sur les situations du quotidien.

Sources et ressources

Adopté par les utilisateurs.

Validé par la science.