Accessibilité numérique : inclusion ou nouvelles barrières pour les malvoyants ?
Le numérique : un espace de liberté ou un nouveau mur pour la déficience visuelle ?
La dématérialisation des démarches laissait espérer une émancipation sans précédent. Elle promettait de clore l’ère du "tout papier", des factures indéchiffrables et des formulaires complexes qui obligeaient souvent les personnes déficientes visuelles à dépendre d’un tiers voyant. Le monde numérique faisait briller l’espoir d’une égalité retrouvée : derrière un écran, chacun pouvait enfin devenir un citoyen autonome.
Pourtant, la réalité est bien plus nuancée. Si l'outil est omniprésent, l'accessibilité, elle, reste un défi de chaque instant.
L’effort invisible : au-delà de l’outil, la formation
Devenir un usager du numérique quand on ne voit pas ou peu ne s’improvise pas. Cela exige un temps d’adaptation et une mémorisation impressionnante. Là où un voyant utilise la souris pour cliquer instinctivement sur un élément visuel, l’utilisateur DV doit composer avec la rigueur des raccourcis clavier. Sans la perception du curseur, le clavier devient l'unique gouvernail d'un navire qui sillonne parfois à l'aveugle dans des interfaces hostiles, où chaque touche doit être apprise et retenue.
Le marathon cognitif du lecteur d’écran
Pour un non-voyant ou un malvoyant sévère, l’expérience web passe par le lecteur d’écran (comme NVDA ou Voice Over). Ces logiciels restituent par une voix synthétique les informations de gauche à droite et de haut en bas. Contrairement à la lecture visuelle qui permet de balayer une page d'un coup d'œil pour en saisir l'essentiel, le lecteur d'écran impose une lecture linéaire : il énonce chaque élément, l'un après l'autre.
Cette navigation impose une charge mentale maximale. Chaque mot prononcé, chaque accent, chaque ponctuation doit être capté pour ne pas laisser passer une erreur lors d'une relecture ou pour saisir l'orthographe exacte d'un nom. Si les titres et les liens ne sont pas correctement balisés par les concepteurs, la recherche d'une simple date devient une épreuve d'endurance.
Les barrières techniques : du contraste au "silence" des images
L'accessibilité est aussi une question de perception fine. Pour de nombreux malvoyants, certains sites sont inaccessibles faute de permettre le renforcement des contrastes ou la modification des couleurs. Un design moderne aux tons pastels, bien qu'esthétique, peut se transformer en une barrière lumineuse illisible.
Mais le plus frustrant reste le silence des contenus non textuels. Qui n'a jamais ressenti ce sentiment d'impuissance quand la synthèse vocale annonce froidement : « Image, 640 par 480 » ? Derrière ces chiffres se cache souvent une information vitale.
2025 : L’IA et le tournant législatif
Heureusement, 2025 marque un tournant. D'une part, l'entrée en vigueur de la Directive Européenne d'Accessibilité impose désormais des obligations strictes. D'autre part, l'Intelligence Artificielle devient un moteur d'autonomie puissant.
Chez SeeHaptic, nous valorisons cette technologie de pointe au service de l'utilisateur : notre ceinture haptique intègre notamment une fonctionnalité OCR (Reconnaissance Optique de Caractères) performante. Cette IA permet de traduire instantanément un texte visuel (un document scanné, un menu, une affiche) en une information accessible, brisant ainsi le "silence" des images et des PDF inaccessibles.
Paul Mallet et SeeHaptic : Coconstruire l'autonomie de demain
C’est dans cette volonté de transformer la contrainte en liberté que SeeHaptic soutient des talents comme Paul Mallet. Né grand prématuré, il exprime avec force sa vision : « L’accessibilité matérielle est mon quotidien. Mes réussites sont une revanche sur la vie. »
Pour lui, le handicap n'est pas une limite, mais le moteur d'une expertise unique qu'il met au service d'un numérique sans entraves. Paul a d'ailleurs mis son savoir-faire de webdesigner au profit de notre aventure en développant l'intégralité du site internet de SeeHaptic. Sa capacité à transformer des normes complexes en expériences numériques fluides est une preuve concrète que l'accessibilité est une question de compétence et de volonté.
Nous sommes ravis d'avoir coconstruit avec lui les fondations de SeeHaptic. Tout comme une ville nécessite des infrastructures adaptées, le web a besoin de structures logiques. Nous souhaitons à Paul beaucoup de succès, afin que le numérique soit enfin cette porte ouverte sur l'indépendance.
Article rédigé par Ani, en charge du marketing et des affaires publiques chez SeeHaptic.
Diplômée de Sciences Po Bordeaux et de l'INALCO, elle est déficiente visuelle depuis l’âge de 13 ans, et partage ici son regard sur les situations du quotidien.