Travail et déficience visuelle : briser le plafond de verre
Travail et déficience visuelle : du parcours du combattant à l'épanouissement professionnel
Léa a 35 ans. Pour cette Parisienne active, chaque journée commence par un défi que peu de ses collègues imaginent. Atteinte d’une vision tubulaire avec une acuité centrale de 1/10e, Léa ne peut pas conduire. Son autonomie dépend du RER D et des bus, un trajet de 40 minutes souvent synonyme de stress. Entre les bousculades sur les quais bondés et les feux piétons dont la sonorisation est en panne, arriver au bureau est déjà une victoire en soi.
Pourtant, la fatigue ne s'arrête pas au seuil de l'entreprise. Ce matin-là, Léa manque la main tendue de son collègue, un geste amical qu'elle ne perçoit pas dans son champ visuel rétréci. Une fois à son poste, sa synthèse vocale fait des siennes, et le document PDF qu'elle doit analyser n'est simplement pas lisible par le lecteur d'écran. L’histoire Léa n’est pas un cas isolé ; elle illustre la réalité de milliers de personnes en situation de handicap visuel en France.
I. État des lieux : du plafond de verre à l'emploi
Le chemin vers l'emploi commence bien avant le premier entretien. Pour les élèves et étudiants déficients visuels, l'enseignement supérieur reste un défi majeur. Selon les données du Ministère de l’Enseignement Supérieur (SIES 2023), les étudiants présentant des troubles de la vision ne représentent que 3,1 % des étudiants en situation de handicap déclarés. Ce chiffre révèle un véritable plafond de verre : malgré une ambition réelle, le manque d'accessibilité des supports pédagogiques entraîne souvent un épuisement précoce des ressources.
Pourtant, une fois le diplôme en poche, le maintien de ce taux de chômage élevé n'a souvent aucun fondement rationnel. Ces candidats disposent non seulement de hautes qualifications, mais aussi d'aptitudes spécifiques en gestion des imprévus, forgées par un quotidien qui exige une adaptation permanente. Comme nous l’avons évoqué dans notre article sur les infrastructures urbaines, le choix du lieu de vie est souvent dicté par cette nécessité d’être proche de son lieu de travail .
II. Existe-t-il vraiment des « métiers pour aveugle » ?
Pendant longtemps, l'orientation professionnelle a été dirigée vers des filières spécifiques comme la kinésithérapie, le standard téléphonique ou l'accordage de piano. Ces métiers sont nobles, exigeants, et beaucoup de personnes en situation de handicap visuel s’y épanouissent avec une expertise remarquable. Cependant, l'idée qu'il existerait une liste fermée de « métiers pour aveugle » est aujourd'hui dépassée par la technologie et l'ambition individuelle.
La conviction de SeeHaptic est que les rêves n'ont pas de limites et que tout peut être envisageable. Le "métier de rêve" ne doit plus être sacrifié au profit d'un choix par défaut. Aujourd'hui, avec les bons outils, pourquoi ne pas envisager de devenir cuisinier, en maîtrisant l'espace d'une cuisine professionnelle, ou même guide touristique, pour transmettre la passion d'un patrimoine ?
Face au défi du flex-office, de nouveaux outils de compensation transforment le quotidien. Le dispositif SeeHaptic s'inscrit dans cette évolution de l'accessibilité : elle vient soulager l'utilisateur en offrant une plus grande liberté dans ses mouvements et dans ses choix de déplacements au sein de l'entreprise.
- Réduire la charge mentale : Naviguer avec plus de fluidité dans un contexte de nomadisme moderne qui se généralise, sans avoir à mémoriser chaque nouveau changement de mobilier.
- Interagir socialement : Percevoir quand un collègue s'approche pour engager la conversation, favorisant les échanges spontanés en open-space.
- Gagner en autonomie : S'orienter vers les espaces communs ou identifier ses outils de travail en toute indépendance, complétant ainsi les outils d’accessibilité numérique déjà utilisés au bureau.
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III. Comment trouver un emploi et se faire accompagner ?
Trouver un emploi ne doit pas être une quête solitaire. Le Campus Louis Braille, dont SeeHaptic est fier d'être membre, illustre cette synergie nécessaire. Conventionné par l'Agefiph (l'organisme qui finance et accompagne le maintien dans l'emploi et l'insertion des personnes en situation de handicap dans le secteur privé), ce campus regroupe des acteurs majeurs pour transformer le potentiel de chacun en réussite durable.
Plusieurs programmes concrets existent pour booster votre insertion :
- ActifDV (porté par l'association ApiDV) : Un réseau d'entraide et un accompagnement sur mesure. Sa force réside dans son système de mentorat: le mentor est en général lui-même un professionnel en situation de handicap visuel, capable de partager ses astuces concrètes et son vécu.
- OserDV (porté par l'Association Valentin Haüy - AVH) : Ce dispositif propose un coaching intensif pour aider les candidats à préparer leurs entretiens et à lever les freins face aux recruteurs.
Conclusion : Vers une entreprise réellement accessible
Le défi pour les années à venir est de rendre les locaux et les outils accessibles dès leur conception. Soutenir l'ambition d'un futur cuisinier, d'un ingénieur ou d'un guide touristique malvoyant n'est plus une utopie.
Avec l'accompagnement d'institutions comme l'Agefiph, l'expertise des membres du Campus Louis Braille et l'arrivée de technologies disruptives, l'entreprise de demain sera celle où la vue n'est plus une condition à la réussite. Il est temps de construire un monde professionnel où la seule limite est celle du talent.
Article rédigé par Ani, en charge du marketing et des affaires publiques chez SeeHaptic.
Diplômée de Sciences Po Bordeaux et de l'INALCO, elle est déficiente visuelle depuis l’âge de 13 ans, et partage ici son regard sur les situations du quotidien.